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L'écologie qui tient dans une journée bordelaise

Le tri des biodéchets est obligatoire : composteur, bac ou borne à Bordeaux

Avatar de Clémence Bardinet-Loyer

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Depuis le 1er janvier 2024, trier ses biodéchets n’est plus une option mais une obligation légale pour tous les foyers, commerces et restaurateurs de France. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite loi AGEC, impose à chaque collectivité de proposer une solution de tri à la source des déchets alimentaires et de jardin. À Bordeaux, cette obligation a changé la donne pour une poubelle grise longtemps seule destination des épluchures, des marcs de café et des restes de repas, qui représentent près d’un tiers du poids de nos ordures ménagères.

Une obligation entrée en vigueur en 2024

Le principe est simple sur le papier : chacun doit pouvoir séparer ses déchets organiques du reste de ses ordures, soit en les compostant chez lui ou près de chez lui, soit en les déposant dans un dispositif de collecte séparée. La loi ne fixe pas la méthode, elle fixe le résultat. C’est donc à chaque collectivité, et donc à Bordeaux Métropole, de définir l’offre concrète disponible sur son territoire, en tenant compte de la densité du bâti, très different entre un quartier pavillonnaire et un centre-ville d’échoppes sans jardin.

Concrètement, cela veut dire que la solution qui convient à un immeuble des Chartrons ne sera pas celle d’un pavillon de Caudéran. L’ADEME rappelle que le compostage de proximité reste la voie la plus vertueuse dès qu’un espace extérieur, même partagé, est disponible : il évite le transport des déchets et referme la boucle sur place, dans le jardin ou le carré de terre le plus proche.

Ce que propose Bordeaux Métropole

Sur le terrain, trois familles de solutions coexistent. Le composteur individuel, distribué ou subventionné selon les communes, s’adresse à qui dispose d’un jardin ou d’une cour. Le composteur partagé, installé en pied d’immeuble ou dans un jardin collectif, répond aux copropriétés volontaires : une convention avec la métropole en encadre l’entretien. Enfin, la borne de collecte de quartier, plus récente, permet de déposer ses biodéchets en sac papier ou en petit bioseau, sans engagement de gestion, dans les secteurs les plus denses où aucun compostage sur place n’est envisageable.

Le bac roulant dédié aux biodéchets, collecté en même temps que les autres bacs mais dans une tournée séparée, complète le dispositif dans certains quartiers pilotes. Toutes ces solutions ne sont pas généralisées au même rythme : le déploiement se fait rue par rue, et il vaut mieux vérifier l’offre réellement active à son adresse avant de s’équiper soi-même d’un composteur qui ferait doublon.

Composteur individuel ou partagé : comment trancher

Le choix dépend d’abord de la place disponible. Un composteur individuel demande environ un mètre carré au sol, à l’ombre partielle, posé directement sur la terre pour laisser les organismes du sol coloniser le tas. Un bac de 300 à 400 litres suffit pour un foyer de quatre personnes qui composte aussi une partie de ses déchets de jardin. Le composteur partagé, plus volumineux, se gère collectivement : il faut un référent par site, souvent bénévole, formé par un maître composteur, pour surveiller l’équilibre entre matières humides et matières sèches.

Sans jardin ni cour, la borne de quartier ou le lombricompostage d’intérieur restent les seules options réalistes. Le compostage sur un balcon se pratique aussi très bien avec un lombricomposteur compact, qui traite les épluchures sans odeur si l’équilibre carbone-azote est respecté.

Ce qui se composte, ce qui pue

Toutes les matières organiques ne se compostent pas dans les mêmes conditions, et une mauvaise proportion est la première cause d’odeurs qui découragent un foyer dès la première semaine. Les épluchures et marcs de café sont humides et riches en azote ; il faut leur associer des matières sèches et carbonées comme du carton non imprimé déchiré, des feuilles mortes ou de la paille, pour aérer le tas et éviter la fermentation putride plutôt que la décomposition aérobie recherchée.

Matière Se composte Remarque
Épluchures de légumes et fruits Oui À mélanger avec du sec
Marc de café et filtres papier Oui Riche en azote, dose modérée
Coquilles d’œufs broyées Oui Décomposition lente
Restes de viande et poisson Non recommandé Attire les nuisibles
Agrumes en grande quantité À limiter Acidifie le tas
Cendres de cheminée Non Perturbe l’équilibre du sol

Un tas qui pue est presque toujours un tas trop humide, trop tassé ou mal aéré. Brasser régulièrement, ajouter du broyat sec et ne jamais enfermer le compost dans un sac plastique avant dépôt suffit à corriger l’essentiel des mésaventures rapportées par les foyers qui débutent.

Que faire du compost sans jardin ni terrain

Composter ne suppose pas de posséder un jardin. Le compost mûr, une fois obtenu, se destine aux jardinières de balcon, aux pieds d’arbres de rue quand la mairie l’autorise, ou à un jardin partagé du quartier qui accepte volontiers les apports extérieurs en complément de ses propres biodéchets. Certaines associations bordelaises organisent des points de collecte de compost fini pour les particuliers qui n’ont nulle part où l’épandre, une solution qui évite de renoncer au tri par manque de débouché.

Pour les foyers en appartement sans aucune solution de proximité, la borne de quartier reste la voie la plus simple : elle collecte les biodéchets bruts et laisse à un professionnel le soin de les transformer plus loin, sur une plateforme de compostage industriel ou dans une unité de méthanisation, sans que l’usager n’ait à gérer lui-même la maturation.

Tenir un mois avant d’en parler

Un geste de tri ne vaut d’être recommandé que s’il tient dans la durée : la première quinzaine sert surtout à repérer le bon contenant pour la cuisine, un petit bioseau avec couvercle hermétique posé près de l’évier évite déjà la moitié des découragements. Le mois suivant permet de juger si le rythme de vidage choisi correspond réellement à la production du foyer, et d’ajuster sans culpabiliser si les deux premières semaines ont été bancales.

Passé ce délai, la charge mentale du tri disparaît presque entièrement : le réflexe devient aussi automatique que celui du verre ou du carton, et le volume de la poubelle grise baisse de manière visible, semaine après semaine, sans qu’aucun effort supplémentaire ne soit nécessaire pour l’entretenir.


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